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| Question : Jeanny MARC, députée de la Guadeloupe |
| Mardi 17 février 2009 Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, chers collègues, personnellement, depuis le 21 janvier j’ai participé, avec des collègues de tous bords, aux différentes négociations et aux échanges moins officiels pour essayer de maintenir le lien social dans notre pays, la Guadeloupe. J’espère que vous vous sentez concernés par les problèmes de la Guadeloupe ! Ma question s’adresse au Premier ministre, et à personne d’autre. Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que l’outre-mer, et la Guadeloupe en particulier, traversent une crise sociale historique et que le désespoir et l’exaspération s’expriment aujourd’hui dans la rue. Pourtant, les Guadeloupéens ont démontré au fil de ces quatre semaines leur détermination à se faire entendre de l’État, cet État français que vous représentez, monsieur le Premier ministre, et auquel l’outre-mer est si attaché. La plate-forme de revendications, justes et fondées, portée par le mouvement LKP, est le reflet d’un malaise social. Elle est le reflet d’un désintérêt, ou de la désinvolture, d’un État qui, se fourvoyant dans le choix de son émissaire, a rompu le dialogue, a rompu la confiance. Aveuglé par vos certitudes, sourd aux interpellations des élus de l’outre-mer et insensible à la détresse de sa population, vous avez fait preuve jusqu’à présent d’un autisme qui a pour résultat d’avoir fait exploser la paix sociale. Vous êtes responsable, aujourd’hui, de cette situation ; vous serez coupable, demain, de vos tergiversations. Les clichés infantilisants sur l’outre-mer ne sont plus de mise. Les inégalités que nous dénonçons inlassablement ne sont plus acceptables. L’insoutenable dérive des prix a mis le feu aux poudres parce qu’au même titre que les Français de l’Hexagone, nous sommes confrontés aux problèmes d’un pouvoir d’achat en décalage avec la réalité économique. Votre gouvernement a entamé la confiance des populations d’outre-mer en mettant à mal leur économie déjà fragilisée, en pratiquant une casse sociale brutale. La remise en cause de la défiscalisation, sans évaluation et sans consultation préalable des acteurs économiques des outre-mers, a conduit à une casse fiscale et atteste de l’éloignement du Gouvernement de la réalité des départements d’outre-mer. Vous dites souvent que l’outre-mer coûte cher à l’État ; on annonce des chiffres de l’ordre de seize milliards d’euros par an. Mais combien coûte la solidarité nationale hors outre-mer ? Votre discours n’est pas juste car il entretient la frustration et l’injustice ; en d’autres termes, il fait le lit de la discrimination. Le flou et les aberrations de votre projet électoral pour l’outre-mer avec la création de « Zones franches globales d’activités », projet devenu en 2007 la LOPOM puis en 2008 la LODEOM, ont également entamé la confiance des entreprises locales. Aujourd’hui, les conséquences sont là : ce sont les départements d’outre-mer qui ont le plus fort taux de chômage. Les pratiques de votre gouvernement ont ébranlé l’outre-mer sans que vous en mesuriez les conséquences. Le seul hic, c’est que la grogne et l’insatisfaction ne sont pas une spécificité ultramarine ; c’est l’ensemble des Français qui vous disent « trop, c’est trop ». Avec vous plus rien n’est possible ! Venue spécialement de la Guadeloupe pour vous poser une question, j’ai également des propositions pour sortir de la crise, que je remettrai au chef de l’Etat qui daigne enfin accepter de recevoir à Paris les élus de l’outre-mer, alors que les habitants sont dans la rue. Monsieur le Premier ministre, devant l’extrême urgence de la situation, avez-vous l’intention et le courage de faire respecter l’engagement de l’Etat ? Avez-vous l’intention d’assumer courageusement les engagements pris par votre secrétaire d’Etat ? |
| Reponse : Yves Jégo, secrétaire d’État chargé de l’outre-mer |
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Madame la députée, le cri que vous poussez dans l’hémicycle, nous devons l’entendre, et sachez que l’émotion qui est la vôtre est celle que j’ai ressentie sur le terrain. Je voudrais vous dire, madame, ce que j’ai écrit ce matin : « Oui, nous avons besoin des outre-mers, oui c’est la chance de la France et c’est la chance de l’Europe. » En effet les outre-mers sont au carrefour de la mondialisation ; ils sont une chance pour notre avenir maritime avec leurs douze millions de kilomètres carrés de zones économiques exclusives. L’outre-mer, c’est le réservoir écologique de la planète que nous devons préserver et mettre en valeur. Alors que faut-il faire pour répondre au cri que vous lancez avec tant d’émotion, et qui est le cri que poussent nos compatriotes de Guadeloupe ? Il faut apporter des réponses de fond, il faut que nous y travaillions ensemble. Je crois que, après ces trente jours de crise, chacun en est conscient. Oui, il faut mettre des moyens financiers sur la table mais chacun sait qu’ils ne sont pas infinis et que nous sommes dans une crise internationale. Je vous rassure, madame, les engagements qui ont été pris en votre présence seront tenus de la meilleure manière pour soutenir l’économie. Face aux tensions, face aux difficultés, l’outre-mer mérite un débat de fond, dépassionné. A une crise collective, il faut apporter une réponse collective. Je vous rassure, madame Marc, le Gouvernement y travaille avec beaucoup d’ardeur et une grande envie de réussir. |