Les députés SRC ont auditionné l’ex-présidente d’Areva, Anne Lauvergeon, lors de la réunion du groupe du mardi 12 juillet sur l’avenir de la filière nucléaire française.
Anne Lauvergeon, remerciée de la direction d’Areva sous la pression d’Henri Proglio, réaffirme sa volonté de garder le nucléaire sous le contrôle de l’Etat. Elle a défendu la filière des centrales très sécurisées de types EPR, avant l’accident japonais. En hauteur, protégés par des bunkers de béton antisismiques, ces réacteurs auraient pu éviter le pire à Fukushima. Et pourtant, avant la catastrophe, l’ex-présidente s’est vue raillée par certains de ses collègues ; Bien souvent, avec André Claude Lacoste, président de l’Autorité de Sûreté Nucléaire, elle s’est sentie isolée. Ces réacteurs tournés en dérision parce que trop coûteux, mais aussi « absurdement trop sûrs » ne correspondaient pas aux ambitions de ventes à l’étranger de centrales low-cost, mais aussi, comme l’exprime Anne Lauvergeon, « low-safety ». L’ex-présidente rappelle que la sécurité a toujours été sa priorité : face aux risques naturels, face aux risques humains, il faut savoir parer au pire. Les nouveaux réacteurs EPR sont conçus pour résister notamment aux missiles et aux chutes d’avions.
Anne Lauvergeon défend l’avenir du nucléaire en France et dans le monde. Il va falloir produire deux fois plus d’énergie pour répondre à la demande tout en dégageant deux fois moins de CO2. Hormis l’Allemagne, le monde ne se pose pas la question de la sortie du nucléaire. La France ne doit pas se trouver en marge mais au contraire rester en pointe, et c’est pour cela qu’Areva investit très largement dans la recherche et le développement. Selon elle, faire l’impasse sur le nucléaire équivaut à provoquer un problème de compétitivité aigu.
Par ailleurs, développer le nucléaire ne signifie en rien ignorer les énergies renouvelables et trouver le bon mix énergétique. Anne Lauvergeon reste persuadée que les énergies renouvelables sont une solution d’avenir, et elle critique l’ambiguïté de l’État qui, s’il a un discours pro-renouvelable, n’investit pas.
Le nucléaire d’après Fukushima va être plus sécurisé, mieux encadré. Beaucoup d’Etats veulent continuer à produire de l’énergie à partir du nucléaire.
En France, comment pourrait-on être encore compétitifs en se privant de cette industrie ?
L’énergie va certes être plus chère, parce que les nouveaux réacteurs ne seront pas amortis immédiatement, mais elle sera produite de manière plus sûre, et sera à terme moins coûteuse que le reste des énergies.
Enfin, il est inconcevable de faire du nucléaire une industrie mercantile. L’exploitation de l’énergie nucléaire impose une autorité de sûreté indépendante et compétente qui n’est pas envisageable avec des régimes dictatoriaux.