Le groupe SRC a reçu en audition Bernard CHASTAN, ingénieur Général des Ponts des Eaux et des Forêts, chef du département Eau du CEMAGREF, mardi 28 juin 2011.
Cet expert renommé, a d’abord, exprimé ses inquiétudes au groupe, quant à l’état de la ressource hydrique en France. Ensuite, il a dit quelques mots sur la gestion de la ressource. Il a, pour terminer, présenté les pistes de recherche que suivaient le CEMAGREF pour aider les décideurs et acteurs économiques à solutionner les problèmes de sécheresse appelés à se répéter dans le futur, du fait du changement climatique.
Alors qu’il admet que la situation a été particulièrement préoccupante en mai dernier, B. CHASTAN affirme que les précipitations que la France a connues ces trois dernières semaines, ont évidemment été salutaires pour un certain nombre de régions. Elles ont notamment permis d’améliorer l’humidité des sols. Quelques régions, principalement du Sud, ont été assez gâtées par la pluviométrie. Paradoxalement, ces régions connaissent aujourd’hui une situation plus envieuse que les régions du Nord, qui continuent, malgré tout, à subir une sécheresse inquiétante.
La situation est grave : le nombre d’arrêtés de sécheresse l’illustre très clairement.
Selon B. CHASTAN, la sécheresse que nous connaissons actuellement s’inscrit dans la variabilité naturelle du climat. Si le changement climatique en cours n’est peut-être pas directement responsable de la situation, il entrainera dans les années à venir une récurrence de ces épisodes de sécheresse, une augmentation de leur durée et in fine une réduction relativement importante de nos ressources hydriques. La situation de tension hydrique que nous vivons actuellement, sera sans doute qualifiée, dans quelques années, de situation « normale ».
Ce qui fait dire à l’expert que nous devons nous préparer dès maintenant à faire face à un assèchement progressif et drastique de nos cours d’eaux, de nos réserves hydriques et de nos sols.
La tension sur l’eau doit, à présent, relever de la gestion courante, et non plus d’une gestion de crise (via l’adoption d’arrêtés préfectoraux ou de mesures temporaires).
Afin de répondre efficacement au problème de manque d’eau, il est important, dans un 1er temps, d’approfondir nos connaissances sur les besoins en eaux, sur nos usages ainsi que sur les ressources disponibles.
La notion de sécheresse naît de la confrontation entre ressources et besoins, ce qui implique des facteurs économiques et sociaux pour lesquels il n’y a pas de solution unique : refroidissement des centrales nucléaires, qualité des eaux, qualité des écosystèmes, maintien de la navigation et des loisirs, etc…
Il importe de travailler dans un 2e temps, sur les conséquences complexes du changement climatique sur les ressources et sur les besoins et usages de l’eau, afin d’éviter des conflits et trouver des solutions.
La sécheresse est un phénomène complexe. S’y adapter requiert de mutualiser diverses compétences (agronomie, hydrométrie, climatologie, etc.).
Le CEMAGREF travaille sur ces questions dans le cadre notamment de l’Alliance pour l’environnement, qui réunit 27 organismes (15 fondateurs et 12 adhérents), susceptibles de former une Fédération de recherches.
La sécheresse doit faire l’objet d’une initiative nationale. C’est un enjeu d’avenir incontestable, sur lequel nous devons imaginer des solutions.