Le président du SPD, Sigmar Gabriel, s’est exprimé ce matin devant le groupe socialiste à l’occasion de sa visite en France à l’invitation de Martine Aubry. Ce dialogue fait suite à la résolution commune visant à créer une taxe sur les transactions financières, débattue la semaine dernière à l’Assemblée et au Bundestag. Pour Sigmar Gabriel, l’Europe traverse une crise grave (euro, couple franco allemand, impulsion politique) qui appelle une refondation politique dont la gauche doit être le moteur.
S. Gabriel a introduit son propos en affirmant que le renforcement des relations entre le parti socialiste français et le parti social-démocrate allemand n’a jamais été aussi opportun, à un moment où l’Europe est aussi peu gouvernée. Les gouvernements actuels français et allemand sont en train de conduire l’Europe vers la plus grande crise qu’elle ait connue.
Les raisons qui ont présidé à la fondation de l’Europe et qui s’incarnaient dans l’expérience des dirigeants politiques de l’après-guerre se sont estompées pour disparaître peu à peu. C’est l’idée même d’Europe qui est en crise actuellement. Nous avons besoin d’une nouvelle fondation de l’Europe. Les conservateurs n’ont pas réussi mais nous n’y sommes pas pour l’instant également encore parvenus. Il nous faut proposer maintenant une solution moderne qui s’inspire de la tradition des lumières. Si nous ne parvenons pas à restaurer la place de l’Europe dans les cœurs et dans les têtes, nous courrons le risque de voir surgir le spectre de la renationalisation. Les anti-européens gagnent du terrain et reviennent dans les parlements et même dans les gouvernements.
Il apparaît essentiel de trouver de nouvelles bases pour l’Union européenne :
Tout d’abord, nous ne pouvons nous abstraire de la situation économique des autres Etats. Notre bien-être dépend des autres et nous ne pouvons vendre que si les autres pays achètent.
Ensuite, si nous voulons être écoutés et avoir du poids dans le monde économique et politique, nous sommes condamnés à parler et agir au nom de l’Europe et en tant qu’européen.
Ce sont les raisons pour lesquelles il ne faut pas moins mais plus d’Europe, même si ce n’est pas une affirmation très populaire. Je reste optimiste et actif. Ce n’est qu’en amenant un changement dans les gouvernements français et allemand que cela pourra se faire.
S. Gabriel a affirmé se réjouir qu’il y ait à l’avenir plus d’initiatives franco-allemandes. Il a cependant regretté qu’il n’y ait pas de discours et de revendications démocratiques européennes fortes. Un des principaux problèmes, selon lui, est que nous ne débattons pas des mêmes sujets au même moment. Pour palier cette carence, il convient de passer par des initiatives communes prises au sein des parlements nationaux mais également d’aller plus loin en sollicitant directement les peuples à travers des référendums et des initiatives citoyennes. Il a cité comme exemple la question de la participation des investisseurs privés à la restructuration des banques.
Face à la mondialisation, les citoyens ne doivent pas percevoir l’Europe comme un échec mais comme une chance. Pour cela, il faut réfléchir à nos propres règles du jeu. Nous ne pouvons accepter par exemple que des délocalisations soient faites, financées par des fonds publics européens. De même, pour la libéralisation du marché des capitaux, il faut inventer de nouvelles règles du jeu.