Bruno Le Roux - Le Monde - le 28 mai 2014

mercredi 28 mai 2014

“Réarmons idéologiquement la gauche”

“Réarmons idéologiquement la gauche”
TRIBUNE LE MONDE | Mis à jour le 28.05.2014 à 07h21 |Par Bruno Le Roux (Président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale)
Point de vue. Depuis deux ans, la gauche gouverne. Elle gouverne mais semble toujours jouer en contre sur le plan des idées et des valeurs. Elle peine à s’affirmer dans son identité, son système de valeurs et sa vision du monde. Longtemps politiquement minoritaire mais majoritaire sur le plan des idées et de l’air du temps, elle se trouve aujourd’hui dans une position inversée.
 
 
 
 
C’est que la reconquête idéologique n’était pas inscrite à l’ordre du jour du quinquennat de François Hollande. Les chantiers du redressement économique et budgétaire du pays ont occulté de facto le projet de transformation sociale, alors même que de nombreuses réformes étaient engagées en ce sens. Ce faisant, la politique de la majorité s’est trouvée orpheline d’un récit structurant, permettant d’en saisir la perspective et la cohérence. Elle s’est retrouvée sans les soubassements idéologiques nécessaires, qui pouvaient en assurer la portée. D’où pour une part, très tôt dans le quinquennat, l’affaissement de la majorité dans l’opinion, qui s’est traduit par une double sanction aux élections municipales et européennes et par le score historique du Front national le 25 mai.
Dans ce contexte, « le réarmement idéologique de la gauche » s’impose de lui-même, comme une des conditions de la reconquête politique.
 
 
Il intervient dans un moment de triple charnière, qui lui confère toute son ampleur et toute sa nécessité. Charnière dans l’humeur des Français : ceux-ci sont lassés par la politique mais lassés également de leur propre morosité. Ils ne demandent qu’à en sortir et attendent un signe. Charnière dans l’histoire de la gauche française : elle s’assume sociale-démocrate dans un moment où la social-démocratie européenne peine à trouver un nouveau souffle dans le cadre étroit des États-nations. Charnière enfin dans l’histoire du monde : la crise de 2008 a ébranlé les fondements du cycle libéral lancé dans les années 1980, sans pour autant que les nécessités de la régulation et celles de la transition écologique s’imposent pleinement aux Etats et aux peuples.
 
 
Il serait bien sûr illusoire de penser que l’élection présidentielle puisse à elle seule inverser cette tendance lourde à la droitisation de la société. Mais il serait tout aussi illusoire de penser pouvoir faire l’économie de la confrontation idéologique avec la droite et l’extrême droite. Il en va de la réussite du quinquennat et de l’avenir même de la gauche.
 
 
 
TROIS IMPÉRATIFS S’IMPOSENT
 
Dans ce cadre, trois impératifs s’imposent pour conduire ce réarmement idéologique de la gauche.
 
 
Le premier tient dans un rapport assumé au réel. Ce n’est pas le moindre des acquis de la première étape du quinquennat que d’avoir conduit l’opinion à être en situation d’accepter, sans faux-semblants ni vieilles lunes, l’âpreté du réel. La gauche, et la gauche seule, peut se coltiner avec l’état du pays, avec la place de la France dans le monde et avec le monde tel qu’il va, sans être culpabilisatrice, destructrice, stigmatisante, sans opposer les catégories les unes aux autres mais en considérant la nécessité d’un diagnostic partagé. Pour autant, à ce jour, cette prise en compte de l’histoire du monde s’est faite par bribes seulement. Elle appelle aujourd’hui un discours fondateur et mobilisateur. Les Français y sont prêts et l’attendent.
 
Le deuxième impératif dans la bataille idéologique avec la droite et l’extrême droite tient, lui, dans un rapport assumé à une sociologie et à un système de valeurs qui place l’égalité au centre de son action. D’ailleurs – beaucoup de rapports internationaux en attestent –, la réduction des inégalités n’est pas un simple « supplément d’âme » mais un facteur d’efficacité économique et sociale. Un élément majeur de la performance globale d’un pays. Il n’y a pas de fatalité à ce que les ouvriers, les employés, les classes dites populaires entretiennent avec la gauche, si ce n’est pas un rapport de rejet, en tout cas de méfiance et d’étrangeté.
 
 
Le troisième de ces impératifs induit une méthode d’exercice du pouvoir : l’ouverture et l’association des forces intellectuelles, culturelles, économiques et sociales au travail permanent de refondation idéologique et culturelle. Aucune majorité ne réussit jamais si elle n’est pas portée par des forces sociales et par une dynamique collective. Celles-ci font défaut aujourd’hui. Rappelons-nous, notre histoire récente : en son temps, Max Gallo, alors porte-parole du gouvernement de Pierre Mauroy, appelait les intellectuels de l’époque à rompre leur silence et à accompagner l’ambition réformatrice de la majorité. Nous n’en sommes pas là. Le monde de la recherche, de l’université et de l’expertise s’exprime très régulièrement et très librement. Le débat public a bien lieu. Mais nous devons aller plus loin et nous donner une ambition plus grande : créer autour de la majorité un lieu identifié d’élaboration collective, qui puisse par ailleurs diffracter les idées. « Un intellectuel collectif » en somme. Un parlement du changement, accueillant hors les murs au besoin, et en différentes sessions, le bouillonnement de la vie des idées et de l’espace critique.
 
 
A l’Assemblée nationale, le groupe socialiste a initié ce travail, en ouvrant ses portes et ses réunions aux intellectuels, représentants syndicaux ou associatifs qui le souhaitent et qui veulent apporter leur contribution. Nous souhaitons amplifier ce mouvement et créer, autour des grandes questions auxquelles nous sommes confrontés, ce qui pourrait s’apparenter à des assises permanentes de la gauche. La vitalité démocratique, le modèle de croissance, la fragmentation de la société, la place du travail, sont autant de questions que nous avons à traiter ensemble et qui peuvent rapidement irriguer des politiques publiques novatrices. Des politiques fortes, audacieuses, relevant de ce qu’Albert Camus nommait « le réformisme radical ».
Ainsi, la gauche rassemblée verra qu’elle n’a rien à perdre à être elle-même et à proposer au pays une nouvelle ambition.

 

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