Chiffres de l'immigration et de l'échec scolaire

mardi 28 juin 2011 17h59

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Question de Guy Delcourt, député du Pas-de-Calais

Monsieur le président, mes chers collègues, ma question s’adresse à M. le Premier ministre, et je ferai comme s’il était présent. Le 25 mai dernier, les propos scandaleux, tronqués, du ministre de l’intérieur sur l’échec scolaire des enfants d’immigrés m’avaient conduit à l’interpeller dans cet hémicycle au nom de mes collègues, des associations et de l’ensemble des citoyens et de leurs enfants choqués qu’un ministre de la République puisse pratiquer de tels raccourcis. Cette fois, je ne souhaite plus dialoguer avec le ministre du mensonge et m’adresse donc au Premier ministre.

Alors que, droit dans ses bottes, le ministre légitimait ses déclarations sur l’échec scolaire des enfants d’immigrés en invoquant des statistiques de l’INSEE , voici que, après s’y être refusé sous la pression de son ministère de tutelle, le directeur général de cette institution, Jean-Philippe Cotis, a réfuté les chiffres annoncés.

Aujourd’hui, le Gouvernement ne peut jeter le discrédit sur les chiffres et sur l’analyse de l’INSEE, puisqu’une note de l’éducation nationale de septembre dernier s’appuie sur ces données pour confirmer que, « à caractéristiques comparables, les enfants d’immigrés obtiennent plus souvent le baccalauréat que les autres jeunes ». À la suite de la publication de ces vérités chiffrées, les syndicats, les associations antiracistes et de défense des droits des immigrés, et de nombreux citoyens s’insurgent, dénonçant ces propos stigmatisants, faisant part de leur indignation face à tant de populisme nationaliste. J’en appelle aux associations défenseures des droits à saisir la justice, j’en appelle aux députés européens de gauche à saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination et délit de faciès contre des enfants dont certains sont français de quatrième génération.

Que faudra-t-il de plus pour que M. Guéant se décide enfin à reconnaître l’inexactitude et l’irresponsabilité de ses propos ?

Réponse de Claude Guéant, ministre de l’intérieur, de l’outre-mer, des collectivités territoriales et de l’immigration.

Monsieur le député Guy Delcourt, je vous le disais voici quelques semaines, il y a plusieurs façons de faire de la politique. Il y a la vôtre, qui consiste à fermer les yeux et à ne pas traiter les problèmes. C’est ce que vous avez fait il n’y a pas si longtemps avec la délinquance des mineurs, dont le parti socialiste s’évertuait même à nier l’existence, et c’est ce que vous faites aujourd’hui avec l’intégration. Et il y a notre façon, qui est d’ouvrir les yeux pour traiter les problèmes et leur apporter des réponses. Le courage, c’est d’ouvrir les yeux. Il y a l’approche consistant à entretenir des polémiques sur des statistiques en sachant très bien que, à partir des mêmes statistiques, on peut tirer des conclusions multiples, et celle qui consiste à distinguer l’essentiel de l’accessoire. L’essentiel, monsieur Delcourt, c’est que l’intégration ne fonctionne pas aussi bien dans notre pays qu’on l’affirme généralement. Et c’est bien ce que dit le communiqué que l’INSEE a publié hier et qui signale que « les enfants des familles immigrées sortent presque deux fois plus souvent du système éducatif sans qualifications que les autres ».

Dire cela, ce n’est pas stigmatiser, mais dénoncer une situation qui est préoccupante pour des enfants qui ne voient pas la chance leur sourire.

Dire cela, c’est dénoncer une injustice : les enfants de l’immigration ont le droit de réussir et le ministère de l’intérieur fait ce qu’il faut, avec ses moyens, pour faire en sorte qu’ils apprennent le français et trouvent le chemin de la réussite.

Je dénonce aussi une situation qui est grave du point de vue de la cohésion sociale. Avoir, en France, des communautés qui ne réussissent pas, c’est rompre l’harmonie du tissu social que, tous, nous voulons.

Comme d’habitude, vous énoncez des principes. Heureusement que nous sommes là pour les mettre en œuvre.

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