L'ex-garde des Sceaux Elisabeth Guigou "comprend la colère" des magistrats
PARIS, 4 fév 2011 (AFP) - - L'ancienne ministre de la Justice Elisabeth Guigou s'est déclarée vendredi "indignée" par les déclarations du président de la République sur l'affaire Laetitia qui "dépassent les bornes", disant "comprendre la colère" des magistrats et personnels de justice.
"Je suis non seulement choquée mais indignée, parce que ce n'est pas la première fois que le président de la République s'en prend aux magistrats et aux fonctionnaires de justice", a déclarée la députée PS de Seine-Saint-Denis sur France Inter.
"Là, ça dépasse les bornes. C'est une atteinte directe comme si M. Sarkozy voulait faire porter sur les personnels de justice la responsabilité de ce crime abominable et monstrueux", a-t-elle ajouté.
Interrogée sur l'appel de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) à un report de toutes les audiences en France jusqu'au 10 février, l'ancienne garde des Sceaux a dit qu'elle "comprenait la colère, puisque je l'éprouve moi-même et que ça vient après beaucoup d'attaques".
Elle a précisé qu'elle n'avait pas à se prononcer "sur les formes d'actions que les syndicats choisissent. C'est leur responsabilité".
Interrogée sur d'éventuels "dysfonctionnements" dans l'affaire Laetitia, elle a répondu: "peut-être, je ne sais pas, les enquêtes vont le montrer", mais "quand un conseiller d'insertion et de probation a entre 130 et 180 dossiers à traiter, évidemment que le suivi ne peut pas être ce qu'il devrait être".
"Que M. Sarkozy veuille faire des personnels de justice des bouc émissaires de l'échec de sa politique de sécurité, je ne l'accepte pas", a-t-elle martelé, dénonçant des "attaques incessantes", qui interviennent "dans un contexte où les personnel de justice travaillent dans des conditions de plus en plus difficiles".
"Notre pays est au 37e rang européen pour le classement des moyens de la Justice par rapport aux besoins", a-t-elle rappelé.
Selon elle, Nicolas Sarkozy "cherche à masquer l'échec de sa politique de sécurité". "Le gouvernement a beau prétendre que les chiffres globaux de la délinquance ont diminué, ce n'est pas vrai", a-t-elle insisté, déplorant des "rodomontades sécuritaires" et "l'empilement" de lois qui "n'ont servi à rien".