
FRANÇOIS BROTTES « La fermeture de Fessenheim prendra un peu de temps »

Le conseiller énergie du candidat socialiste détaille aux « Echos » sa politique de transition énergétique.
Comment allez-vous réduire la part du nucléaire dans la production de l'électricité de 75 à 50 % d'ici à 2025 ?
Le candidat François Hollande s'est engagé sur une trajectoire à l'horizon 2025. Cette trajectoire va s'appuyer sur plusieurs leviers. Le premier est l'efficacité énergétique, sur laquelle on a des gains de productivité considérables à obtenir, à travers la réhabilitation thermique des logements, le stockage de l'électricité ou l'amélioration du réseau. Le deuxième est le développement des énergies renouvelables, dont le poids reste encore très marginal dans notre production d'électricité.
Et le troisième ?
Il faut une prise de conscience forte dans le cadre du grand débat sur la transition énergétique. Ce débat, qui donnera lieu à une loi de programmation, doit être un lieu d'échange mais aussi de mobilisation.
Allez-vous identifier les centrales à fermer d'ici à 2025 ?
François Hollande s'est exprimé clairement : il propose la fermeture de Fessenheim dans le premier quinquennat et la réalisation de l'EPR de Flamanville. C'est le lancement de la trajectoire. Mais on ne peut pas décréter a priori des fermetures. Il faudra faire le point année après année, en fonction de la montée en puissance des solutions alternatives, y compris les économies d'énergie.
Quand interviendra la fermeture de Fessenheim ?
Dans le quinquennat. Cette décision ne doit pas avoir de conséquences sociales. Par ailleurs, il faut prévoir une substitution partielle en matière de production électrique. C'est un sujet qui doit être traité sérieusement, socialement et techniquement. Donc, ça prend un peu de temps.
Que reste-t-il de l'accord PS-Verts ?
Je vous parle du projet de François Hollande, qui a la volonté d'être le président de tous les Français. Son projet, qui prend naturellement sa source dans l'accord PS-Verts, engage le pays dans une trajectoire avec un certain nombre d'actes posés.
Henri Proglio est-il le patron idéal d'EDF pour ce projet ?
EDF a vocation à être un pilote majeur de la transition énergétique. On ne peut pas assimiler une entreprise publique à la personnalité qui la préside aujourd'hui, hier, demain. Ce qui doit primer, c'est la stratégie de l'Etat.
Voulez-vous remettre à plat les tarifs de l'électricité et du gaz ?
François Hollande propose l'instauration d'un tarif progressif qui permettra de responsabiliser le consommateur et de réduire sa facture. Les premiers volumes d'énergie seront dédiés à des choses essentielles (s'éclairer, se doucher, se chauffer...) et seront facturés à un tarif sensiblement en dessous de celui d'aujourd'hui. Au fur et à mesure qu'on montera en consommation, la tarification augmentera. Dans l'électricité, ces tarifs pourront n'être accessibles qu'à certaines heures seulement afin de réduire la pointe.
Comment distinguer énergie de base et de confort ?
Il y a quatre éléments à prendre en compte : la localisation géographique, le mode de chauffage, la composition de la famille et le diagnostic de performance énergétique (DPE) du logement. Le volume de consommation de base sera défini en fonction de ces éléments fournis sur la base du volontariat. Le DPE nous permettra d'identifier le parc de logements en plus mauvais état et nous aidera à orienter le soutien prioritaire à la rénovation thermique. Ce dispositif sera complété d'un forfait renforcé pour les 4 millions de foyers qui consacrent plus de 10 % de leurs revenus à leurs factures d'énergie. Cette nouvelle tarification se substituera aux tarifs sociaux actuels.
Le calcul des tarifs du gaz vous semble-t-il pertinent ?
Non, il y a eu plus de 60 % d'augmentation ces dernières années ! Les vendeurs de gaz ont gagné beaucoup d'argent sur le dos des consommateurs alors qu'ils ont renégocié leurs contrats d'approvisionnement. Je crois qu'il faut reconsidérer significativement les choses dans ce domaine. La contribution au service public de l'électricité (CSPE) ne doit-elle pas s'appliquer aux tarifs de gaz ? Impliquer le gaz dans la transition énergétique du pays n'est pas forcément dépourvu d'intérêt.
Allez-vous lancer le renouvellement des concessions hydrauliques ?
Je n'ai pas le sentiment qu'il y ait une pression terrible de la Commission européenne sur le sujet. Dans l'hydroélectricité, il y a par ailleurs des rentes de situation. Il faudra sûrement revisiter la loi Nome pour que le consommateur s'y retrouve. A titre personnel, j'ai toujours défendu l'idée que l'hydraulique soit traité comme le nucléaire historique. L'eau est un bien national !
Propos recueillis par Emmanuel Grasland et Thibaut Madelin - 12/03/12