Germinal Peiro député de Dordogne : Le Président et la troisième dimension agricole

mardi 30 novembre 2010 14h39

Catégorie:

Germinal Peiro député de Dordogne
Secrétaire national du Parti socialiste à l’agriculture

Le 25 novembre 2010

Dans une première étape de son quinquennat, il avait d’abord royalement ignoré la plèbe agricole, celle qui servait de base électorale fidèle au chiraquisme. Tout juste le discours de Rennes, le 11 septembre 2007, avait-il été marqué par le rappel des valeurs agricoles tournées autour du travail et de sa nécessaire reconnaissance. Il remerciait ce jour là les agriculteurs de l’avoir tant soutenu. C’était le moins qu’il puisse faire. Nous entendions alors des accents de sincérité à l’égard des conditions de vie misérables de nombreux retraités agricoles… Il les a ensuite oubliés dans les réformes, laissant passer le temps… qui règle bien des problèmes.

Plus tard, à Daumeray, le 19 février 2009, il avait dit sa vision de son rôle de Président : «c’est d’être là où il y a des difficultés, d’apporter des réponses, de prendre des décisions et d’obtenir des résultats […]. »

Les résultats absents, une telle posture est devenue intenable. Il a donc changé de pied pour prendre les accents d’une France disparue dans le discours de Poligny, le 27 octobre 2009. C’était alors le temps de l’identité nationale et de la terre qui, elle, ne ment pas. C’était le temps des promesses renouvelées de la prise en charge de la crise : « Je veux refonder la politique agricole comme nous sommes en train de refonder le capitalisme financier.»

Français, je ne vous laisserai pas tomber, martèle-t-il à l’envi, je vais changer le monde. N’en déplaise au Président Sarkozy, après avoir entendu M. Jean-Pierre Jouyet, le 8 novembre 2010 sur France Culture, décrire l’état actuel du capitalisme financier et de l’absence de régulation, nous avons tout lieu d’être très inquiets sur l’avenir de l’agriculture européenne…

Avec la sortie du 25 novembre 2010, nous sommes désormais passés dans la troisième dimension.

Le Président Français ne propose rien moins qu’une coordination mondiale de la production agricole. Que peut bien signifier cette idée ? Cela semble très clair dans l’esprit présidentiel : plus question de produire ce que l’on veut dans le monde. « Il n'est pas utile que, d'Amérique du Sud jusqu'en Europe, d'Europe aux Etats-Unis, des Etats-Unis à l'Asie, d'Asie à la Russie, on plante tous au même moment les mêmes choses, ce qui fait qu'on ne cesse de passer de périodes de surproduction qui écroulent les cours à des périodes de sous-production qui affolent la spéculation. » Le Président planificateur adapte à l’agriculture la vieille idée du XIXe siècle qui pose la nécessaire spécialisation des régions du monde. A certains le coton, à d’autres le vin… à d’autres les céréales. Tout cela en fonction des prévisions de production. Oui, c’est bien le même Président qui avait demandé à un céréalier pourquoi il ne cultivait pas, en plus, des arbres fruitiers…

A Poligny, le Président enthousiaste énonçait sa vérité sur l’économie de marché qu’il a toujours portée aux nues : « la primauté donnée à l’entrepreneur, à l’agriculteur, c'est la récompense du travail, de l’effort et de l’initiative ». Il faudra un jour qu’il explique sérieusement comment cette initiative se conjugue avec la planification mondiale qu’il prône désormais.

Ce radicalisme organisationnel qui fait fi de la souveraineté alimentaire laisserait sans doute songeurs les nostalgiques des anciens pays du bloc de l’Est. Il ferait rougir de plaisir les flingueurs de l’UMP à l’affût de la bêtise socialiste. Il n’est pourtant que le paravent d’une impuissance absolue, pour ne pas dire une incapacité à penser la régulation économique. L’Europe se déchire actuellement. Par-delà les interventions d’urgence pour calmer les marchés et renflouer les responsables du désastre financier, l’Europe se montre chaque jour plus réfractaire à la solidarité, se diluant dans les égoïsmes nationaux. N’est-ce pas le député européen UMP Alain Lamassourre qui, le 3 novembre à l’Assemblée nationale, posait cette question de l’intérêt de cette solidarité : « Si l’on fait la balance entre la contribution de la France au budget européen et la chèque britannique d’une part, et les aides reçues, d’autre part, on constate que la France y perd. Du seul point de vue Bercy, nous aurions tout intérêt à renationaliser la PAC ! J’ajoute que, pour nos organisations agricoles, Paris est plus près que Bruxelles… Serait-ce donc un drame ? »

La question du budget communautaire est d’ailleurs symptomatique de ce qui nous arrive. Et elle rejaillit notamment sur la Politique agricole commune, dont personne ne peut dire ce qu’elle sera demain hormis plus verte et sans doute plus juste à l’égard des nouveaux membres de l’Union. Lire le document sur l’avenir de la PAC laisse pantois de ce point de vue. D’une part il n’est jamais fait mention de la question budgétaire, des ressources allouées aux politiques envisagées. D’autre part, le mot régulation est tout simplement absent. Ces questions sont renvoyées à plus tard, comme s’il s’agissait finalement de problèmes secondaires.

Tout se passe comme si constatant son incapacité européenne le Président avait décidé de régir le monde. Sa devise : « Qui ne peut le moins peut le plus. »

Mais au-delà de cette utopie électoraliste il faut aussi retenir l’ignorance présidentielle.

Il s’oppose par exemple à l’importation de viande néo-zélandaise et argentine et redit son indéfectible attachement à la préférence communautaire. C’est certes louable, mais les importations sont déjà présentes et la préférence communautaire n’existe plus que sur le papier déchiré par les libéraux européens que Nicolas Sarkozy a toujours soutenu au nom de la libre entreprise.
 
Quant à l’exemple du yoyo céréalier de cet été, attribué à l’incapacité de savoir l’état des stocks mondiaux. Là encore, le Président se trompe. La spéculation des marchés fous n’a rien à voir avec l’ignorance des stocks. Un économiste réputé du monde agricole, Lucien Bourgeois, l’écrivait dès le 18 août dans une tribune publiée par Ouest France : « Même à ce niveau révisé, la récolte de cette campagne serait la troisième récolte historique après celle de 2008 et celle de l'année dernière. Ces deux bonnes récoltes avaient permis de reconstituer les stocks de report, passés de 120 millions de tonnes, pendant la crise de 2007, à 200 millions l'année dernière. […]Dans le monde, la production de céréales continue d'augmenter plus rapidement que la population, en particulier en Inde et en Chine. » Les chiffres étaient connus des spécialistes. Ils ont- simplement été ignorés volontairement pour le besoin du capitalisme financier.

Devant son impuissance, la tactique sarkozyenne est désormais rôdée. Puisqu’il ne tient rien, il doit promettre toujours plus. En agriculture, cela n’ajoute que le désespoir à la désespérance. Les agriculteurs l’ont compris. Le 7 novembre 2010, dans un sondage Terre Net, ils n’étaient plus que 20% des chefs d’exploitation à faire confiance au Président. Il choisit d’y répondre en accélérant la course aux promesses sans lendemain.

Nos expressions

Un nouveau Premier ministre qui incarne la force du travail collectif

Limitation des gros salaires du public: "ce sera fait", affirme Michel Sapin

Jean-Marc Ayrault : « M. Sarkozy est un candidat perdu »

Toutes les expressions

Nos initiatives

Toutes les initiatives
 

Il faut le savoir

Nous les avions alertés, nous avons eu raison…

Lire la suite

 

LeSarkoMètre

Lire le Sarkomètre