En France, dès qu’il est question d’énergie, il est question d’électricité et de nucléaire. Culturellement, nos représentations doivent évoluer. La décentralisation et l’individualisation sont deux mots-clés dans les évolutions de l’électricité. Les années 80 se sont à la fois caractérisées par la mise en place du programme nucléaire français - très centralisé - et par un mouvement de fond culturel de décentralisation. Ce mouvement de décentralisation politique est irréversible. La décentralisation a également concerné les médias et, plus intéressant, l’informatique. Le passage d’une informatique distribuée à une informatique répartie a permis le développement des réseaux et d’Internet. Ce qui fait la robustesse d’Internet, c’est sa décentralisation. En termes de sécurité d’approvisionnement et d’économies d’énergie, il est possible d’aller au-delà de l’analogie.
Nous ne sommes pas encore complètement sortis de la centralisation. Le sujet des réseaux a déjà été traité. Une révolution intellectuelle est nécessaire. Ce que j’ai entendu m’a rassuré, car ce changement de perspective fondamental n’est pas forcément aussi partagé qu’il devrait l’être. Une question annexe se pose : qui paiera l’adaptation du réseau ? La CSPE date de l’époque du producteur unique avec un prix fixé par l’Etat. On veut nous amener dans un contexte de concurrence. Dans ce cas, pourquoi le consommateur paierait-il les adaptations du réseau ? En Allemagne, la moitié du bénéfice issu de la prolongation de la durée de vie des centrales est taxé pour financer les énergies renouvelables. C’est le producteur qui paie l’adaptation du réseau.
Le débat sur la comparaison du prix de l’électricité ne devrait pas avoir lieu. On montre que les énergies renouvelables sont très chères, mais on oublie la rente nucléaire, qui justifie les différences de coûts. Comment comparer des installations amorties avec des installations qui ne le sont pas ? Par ailleurs, quel est le coût réel prévisible du démantèlement des centrales ? Je ne suis pas certain que nous en ayons une vision claire. Il en va de même pour le coût de gestion des déchets. Je serai donc extrêmement prudent sur tout raisonnement qui part des coûts comparés de l’électricité.
D’autres parlent de sortir du nucléaire. Tant que nous n’avons pas résolu le problème des déchets, je dis oui ; mais quand ? Nous ne pouvons pas nous permettre de sortir du nucléaire sans régler les sujets du démantèlement et de la gestion des déchets. Nous devons conserver une compétence nucléaire pour pouvoir traiter, un jour, les déchets que nous avons déjà constitués.
Je ne veux pas évacuer les débats sur les scenarii. Néanmoins, nous avons vu que le développement des énergies renouvelables pouvait dépasser 23 %. Ceci dit, partons des changements culturels profonds. La décentralisation en est un. Elle s’accompagne d’une individualisation.
Il existe une individualisation de la demande et une demande de responsabilité, pas seulement pour optimiser le coût financier, mais parce que les gens écoutent et réfléchissent. Ils sont conscients de leur responsabilité planétaire. Regardez la nouvelle génération. C’est quelque chose d’irréversible, même si tout le monde n’en est pas convaincu. Les gens ont besoin de croire à ce projet.
Quelle est la réponse énergétique à donner ? Elle ne peut pas reposer sur la politique de l’offre, comme EDF l’a toujours fait. La politique ne peut être que calée sur la demande. L’étude des comportements des gens dans les bâtiments est fondamentale. Ces comportements sont dictés par des considérations financières et politiques.
La demande d’individualisation et de responsabilisation peut permettre d’aller beaucoup plus loin que les 23 %, qui ne sont pas un plafond, mais un minimum. Mon sujet n’est pas de mettre le nucléaire à zéro. Il est de monter les énergies renouvelables à leur maximum. Étudions les scenarii, mais pas en opposition avec le reste. Il faut faire très attention aux comportements des gens. Lorsqu’ils sont déçus, ils ne reviennent pas. L’Etat est encore majoritaire chez EDF. Pourquoi augmenter les tarifs heures creuses et les effacements de pointe ? C’est complètement aberrant dans le contexte énergétique actuel. Quant aux compteurs intelligents, j’espère qu’ils seront pleinement communicants avec les consommateurs. C’est extrêmement important.
En résumé, les évolutions techniques sont également liées aux changements culturels. Il faut en tenir compte dans toute la réflexion sur l’intelligence énergétique, quelles que soient les énergies.