Lors de la présentation de ses voeux à la presse, Jean-Marc Ayrault a dressé un bilan sans concession de la législature qui s'achève. "La France ne peut se payer le luxe d'un second mandat de Nicolas Sarkozy" notait-il. La probable hausse de la TVA en préparation en est un exemple flagrant. "Après 10 années de droite, les Français ont trop attendu. Le changement c’est en 2012, et c’est avec François Hollande. Le changement, c’est maintenant !" a-t-il lancé pour conclure ses derniers voeux à la presse en tant que Président du groupe socialiste.
Retrouvez l'intégralité du discours ainsi que 3 moments choisis.
Jean-Marc Ayrault - "Nous avons construit le socle d'une autre politique"
Jean-Marc Ayrault - "Nicolas Sarkozy a tout promis et rien n'a été tenu"
Jean-Marc Ayrault - "La prochaine législature sera celle de la justice et de la reconstruction du pacte social"
Madame, Monsieur,
Je veux vous adresser, pour vous-même et pour vos proches, mes meilleurs vœux pour cette nouvelle année 2012.
Ce sont aujourd’hui mes derniers vœux de la législature. Les derniers que je ferai en tant que président de groupe, les derniers avant l’élection présidentielle.
Vous m’autoriserez donc à procéder à un rapide retour en arrière sur le travail accompli au cours de cette législature. Depuis 2007, la vie de ce groupe n’a pas été de tout repos. Mais je veux vous dire ma fierté devant le travail collectif que nous avons accompli.
Il y a cinq ans, Nicolas Sarkozy venait d’être élu largement. Il avait obtenu la confiance des Français au terme d’une campagne qui - nous le savons désormais - a davantage relevé de la mystification que de l’engagement.
Rien ou si peu de ce qui devait être accompli, ne l’a été. Sitôt élu, le « président du pouvoir d’achat » a tourné le dos à « la France qui se lève tôt » pour lui préférer ses amis du Fouquet’s.
Nous nous sommes battus, d’abord dans l’indifférence. Avec l’ouverture – qui s’est révélée être un échec – les chroniqueurs prédisaient un « big bang politique » qui aurait pour conséquence la mort clinique des socialistes pour de longues années.
A l’époque, Nicolas Sarkozy maîtrisait l’agenda. Une annonce tous les deux jours ; un sujet pour chasser l’autre. L’opposition en était réduite à courir derrière le maître du temps médiatique.
Nous avons ici, à l’Assemblée Nationale, été les premiers à dérégler ce bel ordonnancement. Nous avons imposé le temps de l’évaluation et de la confrontation. Chaque semaine, nous avons mis en évidence l’échec d’un « paquet fiscal » qui n’a pas provoqué le « choc de croissance » promis, nous avons replacé le thème du pouvoir d’achat au cœur des débats, alors qu’il n’était plus à l’ordre du jour gouvernemental, nous avons exigé des débats sur la situation économique et budgétaire dès janvier 2008 lorsque les premiers signes d’une augmentation exponentielle de la dette se sont accumulés. Nous avons alerté l’opinion sur la nomination des présidents de l’audiovisuel public par le pouvoir exécutif, nous nous sommes battus contre les OGM, la généralisation du travail du dimanche, le système Hadopi, les franchises médicales…
Pour prix de notre insolente opposition, nous avons été punis avec la mise en place d’un « temps programmé » censé museler l’opposition et permettre au chef de l’Etat de passer l’étape du Parlement sans douleur.
Nous n’avons pas baissé la garde. Nous avons bataillé avec ce qu’il nous restait de possibilités pour dénoncer les connivences d’une oligarchie politico-affairiste. Nous avons soutenu l’indépendance de la justice dans l’affaire Woerth-Bettencourt, dans l’affaire Karachi, dans l’affaire Tapie, dans l’affaire Wildenstein, au moment où le silence aurait conduit à l’étouffement de ces scandales. Nous nous sommes mobilisés contre le projet de réforme des retraites qui cumulait des défauts rédhibitoires : injuste, parce qu’il exigeait des salariés les plus fragiles 42, 43, 44 années de cotisation. Inéquitable, parce qu’il s’est contenté de reconnaître l’invalidité sans faire place à la notion de pénibilité. Inefficace, parce qu’assis sur les seules cotisations, négligeant la contribution du capital, et financé jusqu’en 2018 seulement, laissant au prochain gouvernement le soin de trouver une solution durable.
Nous avons défendu les valeurs bafouées de la France lorsque Kadhafi plantait sa tente devant l’Elysée, lorsque Assad était l’invité d’honneur du 14 juillet, lorsque les chinois écrasaient dans l’indifférence le peuple tibétain. Nous avons obtenu un changement de cap lors du « Printemps arabe » alors que madame Alliot-Marie fermait les yeux sur la répression tunisienne, lorsque monsieur Ollier trouvait des excuses au régime libyen et que le Premier ministre voyageait aux frais du régime égyptien, tous persuadés sans doute que « l’homme africain » n’était toujours « pas entré dans l’Histoire ».
Nous avons, au sein de ce groupe socialiste radical et citoyen, travaillé en équipe. Notre unité est une culture. Aucun combat de congrès, ou de primaires, n’a entamé notre travail commun.
Depuis cinq ans, le groupe a permis de faire émerger de nouveaux talents et de confirmer ceux que nous connaissions déjà. Nous avons ainsi su démontrer notre capacité à prendre en charge, demain, la conduite de l’Etat. Ce n’est pas un hasard si nombre d’entre eux sont désormais aux avants postes de l’équipe de campagne de François Hollande.
Voilà, je suis fier du travail accompli. De notre travail.
Pas parce qu’il y aurait fierté à s’être bien opposés, mais parce qu’en accomplissant notre mission, nous avons – jour après jour – permis l’affirmation de talents, jeté les bases d’une alternance, construit le socle d’une autre politique.
C’est ce à quoi nous allons maintenant consacrer toutes nos forces.
Le pays sort de ces 5 années de sarkozysme exsangue économiquement, divisé socialement, affaibli moralement, usé psychiquement selon les mots de l’ancien médiateur de la République, décrédibilisé à l’étranger.
Tout a été promis : le pouvoir d’achat, la croissance « avec les dents », la « refondation et la moralisation » du capitalisme, une « République irréprochable »… rien n’a été tenu.
La France ne peut se payer le luxe d’un second mandat de Nicolas Sarkozy. Le bateau France ne peut se laisser diriger au milieu des icebergs par un capitaine sans direction et sans courage.
Nicolas Sarkozy s’est beaucoup agité, confondant action et spectacle. Il a aussi beaucoup parlé. Il a ainsi demandé à être jugé à ses résultats. Il doit donc partir.
Rappeler son bilan et l’évaluer, ce n’est pas diaboliser Nicolas Sarkozy comme François Fillon feint de le croire. C’est un exercice auquel aucun démocrate ne devrait chercher à se soustraire. Si François Fillon et Nicolas Sarkozy n’éprouvent aucune gêne, alors qu’ils viennent défendre le bouclier fiscal, la baisse de l’ISF, la multiplication des niches fiscales, la hausse du chômage, la baisse du pouvoir d’achat, les promesses déçues et les parjures.
Contrainte de renoncer à la popularité de son candidat, la droite pratique aujourd’hui un jeu dangereux. Elle tente de discréditer ses adversaires et de tirer le débat politique vers le bas. Elle alimente ainsi tous les populismes et nourrit l’exaspération des Français qui rejettent la politique lorsqu’elle se résume à sa caricature. A utiliser ses ministres comme de simples collaborateurs, pathétiques distributeurs de petites phrases, Nicolas Sarkozy transforme la République en cirque.
Les Français méritent mieux que le festival de polémiques organisé par les frères ennemis Copé et Fillon.
C’est la campagne que mène François Hollande, dans le respect des personnes et des identités.
François Hollande a entrepris depuis plusieurs années une réflexion, développé une vision de la France qu’il popularisera au cours des prochaines semaines.
Candidat de la vérité, il s’engagera sur ce qu’il sera en mesure d’accomplir.
Candidat du changement, il s’engagera à rendre un avenir à la France.
C’est en effet pour moi LA question qui mérite d’être posée au cours de cette campagne : « la France a-t-elle un avenir ? »
Je rencontre chaque jour des salariés, ouvriers, employés, cadres qui s’interrogent sur notre capacité collective à demeurer une grande Nation.
Nos atouts sont pourtant immenses. Mais il est urgent de n’en gâcher aucun.
Les pistes d’ores et déjà engagée par François Hollande répondent à cet enjeu :
- Le redressement industriel, c’est maintenant ! Il ne suffira pas de demander à nos concitoyens d’acheter Français alors qu’ils consomment pour une majorité d’entre eux à l’euro près. La recherche, l’innovation doivent être soutenues, comme les PME, qui sont aujourd’hui source de créativité et d’emploi. Nous devons nous engager résolument sur la voie de la transition énergétique, en y entraînant nos partenaires européens. Nous avons devant nous un gisement d’emplois que nous ne pouvons décemment laisser aux industriels chinois.
- L’école pour former nos ingénieurs de demain, c’est maintenant ! L’effort en faveur de l’éducation nationale, ce n’est pas nourrir un puits sans fond ou répondre à une revendication corporatiste. Il n’y a pas de croissance durable sans effort massif en faveur des jeunes générations. L’ambition, c’est de donner plus aux établissements qui en ont le plus besoin, de mettre enfin le paquet sur les quartiers, de mieux accompagner et orienter les enfants dans leur parcours, d’assurer le soutien en dehors des heures de cours, de scolariser les jeunes handicapés pour les sortir de leur marginalité, de répondre à la question de la violence, de ne plus négliger les questions de santé…
La plupart des inégalités naissent avant l’âge adulte. Nous passons ensuite une vie à tenter de les réparer. Il faut attaquer le mal à la racine.
La droite dit que c’est trop ? Je dis que faire moins serait coupable!
- La justice fiscale, c’est maintenant ! Ce n’est pas parce que la crise est là que cela doit justifier le creusement des inégalités. Ce n’est pas au moment où les banquiers retrouvent des marges insolentes qu’il faut accepter que le travail soit plus taxé que le capital. Ce n’est pas au moment où les petites entreprises cherchent notre soutien que nous devons les abandonner en les imposant davantage que les multinationales. Ce n’est pas au moment où la France connaît un taux de chômage record qu’il faut renoncer à différencier le taux des entreprises qui investissent et qui créent de l’emploi de celles qui préfèrent distribuer des retraites-chapeaux à leurs dirigeants, des bonus à leurs traders et des dividendes à leurs actionnaires. Ce n’est pas au moment où les familles souffrent qu’il faut imposer la TVA antisociale et baisser l’impôt sur la fortune. Cette législature a été celle des cadeaux aux plus riches, la prochaine doit être placée sous le signe de la justice !
La dette abyssale a rendu les candidats modestes. Il serait absurde qu’elle les conduise à renoncer à toute ambition. Il n’y a pas d’avenir envisageable sans croissance. Pour la droite, la solution à la crise de la dette se limite à des coupes drastiques dans la dépense publique. Symétriquement, il existe une gauche qui résume la solution à l’augmentation des recettes fiscales. Pour François Hollande, la sortie de la crise suppose une action coordonnée sur trois fronts :
- Les politiques publiques doivent toutes être évaluées. Les dépenses improductives doivent être supprimées,
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De nouvelles marges doivent être trouvées avec une réforme de la fiscalité qui rétablisse davantage de progressivité, et privilégie le travail sur la rente,
- La croissance doit être stimulée pour permettre au pays de renouer avec la prospérité et l’emploi dans un univers très compétitif et face à des pays émergents qui ont fait le pari de la formation de centaines de milliers de leurs enfants.
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Ce projet doit trouver son prolongement au niveau européen. L’Union européenne nous a protégés de la guerre. Elle doit maintenant se donner pour mission de nous protéger de la crise. Une réorientation de sa politique est nécessaire. L’histoire ne pardonnera pas, et les peuples non plus, aux dirigeants qui n’auront pas su se porter au niveau des enjeux d’aujourd’hui. François Hollande a raison de soutenir la renégociation du traité comme il a raison de souhaiter l’évolution du rôle de la BCE. Qui peut accepter que les banques empruntent à des taux dérisoires pour ensuite prêter aux Etats à des taux usuriers ? Qui peut comprendre que ce que les Américains s’autorisent avec leur banque fédérale, les européens se l’interdisent plus longtemps ? Lorsque le respect des principes conduit à l’étranglement des peuples, c’est qu’il est urgent de les faire évoluer. Etre humain est aussi un principe !
Pour offrir ce changement de cap, il faut donner à François Hollande une légitimité incontestable.
La tentation d’une scénarisation de l’élection présidentielle vous poussera sans doute à explorer les voies d’une troisième femme ou d’un troisième homme. Mais chacun le sait bien - pour des raisons différentes - ni l’une ni l’autre, ni Marine Le Pen ni François Bayrou n’ont la capacité à obtenir une majorité parlementaire pour soutenir leur action et sortir notre pays de la crise.
Le 6 mai, le choix sera soit celui de la continuité avec Nicolas Sarkozy, soit celui du renouveau avec François Hollande.
Je mets toutes mes forces dans cette bataille. Après 10 années de droite, les Français ont trop attendu.
Le changement c’est en 2012, et c’est avec François Hollande. Le changement, c’est maintenant !