Jean-Marc AYRAULT : "La bataille centrale avec le FN, ce sera l’emploi"

lundi 14 mars 2011 15h40

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Politique, dimanche 13 mars 2011

L'INVITÉ DU DIMANCHE
Jean-Marc Ayrault

Propos recueillis par Rosalie Lucas

Le président du groupe PS à l'Assemblée nationale et maire de Nantes (Loire-Atlantique), Jean-Marc Ayrault, salue « l'engagement de Nicolas Sarkozy » au côté du peuple libyen, mais l'accuse d'en faire trop et d'aller « d'échec en échec ».

Nicolas Sarkozy a voulu monter en première ligne contre le colonel Kadhafi. L'approuvez-vous ?

Jean-Marc Ayrault.J'ai suffisamment dénoncé la perte de crédibilité de la France dans les révolutions arabes pour ne pas saluer son engagement résolu au côté du peuple libyen. Que cela soit destiné à faire oublier les accointances passées avec Kadhafi est secondaire. En Libye, il y a urgence car des gens meurent tous les jours sous les balles et les bombes de Kadhafi. Il faut tout faire pour qu'il s'en aille. La première chose à obtenir c'est la zone d'exclusion aérienne. Mais les choses avancent trop lentement.

Le président français va au-delà en proposant des frappes aériennes. Vous êtes d'accord ?

Si on doit agir, il faut le faire de façon responsable. Rien ne peut se faire sans une décision du Conseil de sécurité de l'ONU et le soutien de la Ligue arabe. Je ne veux pas qu'on puisse dire que la France a fait une déclaration de principe, mais s'y est pris d'une telle façon qu'on n'aboutit à rien.

Vous estimez que Nicolas Sarkozy a parlé trop vite, en prenant de court ses partenaires européens ?

Son côté Tartarin est exaspérant et contre-productif. On l'a vu au sommet de Bruxelles. Mais en même temps, l'inertie de l'Europe est injustifiable. Quand se décidera-t-elle à exister sur la scène internationale?

La menace d'une immigration massive est-elle réelle ?

L'immigration massive aura lieu si on laisse tomber les peuples arabes et qu'ils échouent à se libérer des dictatures. Leur victoire est le meilleur rempart à l'immigration et c'est pourquoi il faut les soutenir, politiquement mais aussi économiquement.

En France comme en Europe, il n'y a plus d'argent. Comment retrouver des marges de manoeuvre ?

Le PS va faire une proposition de loi pour taxer les transactions financières, que nos amis sociaux-démocrates allemands déposeront simultanément au Bundestag. Cette taxation permettrait de récupérer 200 Mds€. On pourrait les utiliser pour relancer la croissance en Europe, financer un programme de recherche et d'infrastructures et réduire la dette. Une autre partie serait affectée au développement en Afrique et dans les pays arabes.

Le Conseil constitutionnel vient de censurer treize articles de la loi sur la sécurité intérieure (Loppsi 2)...

C'est du jamais-vu. Nicolas Sarkozy va d'échec en échec sur la sécurité. Il a voulu faire croire que les problèmes de violence et de délinquance étaient dus au laxisme de nos lois. C'est faux. Notre Code pénal est le plus répressif d'Europe. Ce qui manque à la politique de sécurité, ce sont des policiers sur le terrain, ce sont des moyens d'investigation et de proximité, c'est une cohésion de la chaîne pénale, c'est un système de sanctions rapides, justes et proportionnées. La fermeté contre la délinquance ne se bâtit pas sur la violation du droit, mais sur la continuité. Avec ses méthodes, Sarkozy démoralise les Français et contribue à créer un climat délétère.

A quoi attribuez-vous la montée du FN ?

Au déclassement individuel et collectif que ressentent les Français. La reconnaissance du travail, à travers la création d'emplois, la hausse des rémunérations, la remise en marche d'une politique industrielle fondée sur l'innovation et la recherche, sont pour nous les batailles centrales face au FN et à Nicolas Sarkozy. Mme Le Pen dit défendre des ouvriers mais, dans son programme, elle les oublie. Sa principale proposition consiste à faire cadeau de 20 milliards aux riches en abaissant de 41 à 25% la tranche supérieure de l'impôt sur le revenu. Le social chez Le Pen, c'est l'aumône de dame patronnesse. Or, pour moi, la question de l'exemplarité des élites et de leur participation aux efforts est la clé de la remise en ordre de la République. Les Français attendent un retour à une morale simple, celle qu'impose la décence républicaine. Il faut que l'exemple vienne d'en haut.

Mais la gauche ne convainc pas...

C'est vrai. Avec l'instrumentalisation obsessionnelle de l'immigration et de l'islam, le FN dicte les termes du débat. Il faut que ça cesse. La gauche doit imposer ses idées : la remise à l'endroit de la République, un nouveau pacte social, la justice des réformes. Depuis cinq ans, on a reconstruit les fondations d'une alternative de gauche : le bonus-malus pour les entreprises selon leur politique salariale, le revenu maximum pour les dirigeants d'entreprise, la suppression du crédit revolving, la tarification différenciée de l'énergie, la création de normes sociales et environnementales pour les importations au sein de l'Europe afin de protéger ses industries. Ce qui manque à ce renouveau républicain, c'est d'être porté par notre candidat.

Quels sont les objectifs de la gauche aux élections cantonales ?

En faire un tremplin pour 2012. La droite est en grande difficulté. A tel point que, sur le terrain, ses candidats n'osent plus afficher qu'ils sont UMP. J'attends également que la droite dise ce qu'elle fera en cas de duel entre le FN et la gauche. Nous, nous avons toujours choisi le candidat républicain.

Au PS, de plus en plus de voix demandent l'annulation des primaires...

Ce n'est pas réaliste de vouloir interrompre ce processus. On le remplacerait par quoi? Il faudra bien quand même qu'on choisisse notre candidat à la présidentielle. Les primaires sont un système démocratique. Et elles peuvent donner une dynamique à notre candidat si elles sont bien maîtrisées.

François Hollande et DSK sont sur la même ligne politique. Est-ce que cela aurait un sens qu'ils soient candidats l'un contre l'autre ?

J'ajoute Martine Aubry. C'est vrai qu'ils sont proches. Mais la présidentielle, c'est aussi la vision que l'on a du pays, de la hiérarchie de ses valeurs et de ses priorités. Comment remet-on la République à l'endroit, en concordance avec ses valeurs? Comment redonne-t-on aux Français l'envie de se transcender, de dépasser leurs intérêts personnels ou catégoriels? Comment retrouver la fierté de nous-mêmes? A eux maintenant de le dire.

Comment éviter d'en arriver à la foire d'empoigne ?

En annonçant le plus rapidement possible qui est candidat et qui ne l'est pas. Plus tôt on le saura, plus ce candidat pourra se confronter au pays, le sillonner, dialoguer avec les Français. La présidentielle, ça se gagne au coeur.

 

 

 

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