« Il a un projet caché : une purge libérale et brutale »
Jean-Marc Ayrault président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale
Pour le patron des députés PS, Nicolas Sarkozy prévoit de remettre en cause le pacte social français.
Les sondages donnent Hollande largement vainqueur.
Est-il prêt à être président?
JEAN-MARC AYRAULT. Le PS n'a jamais été aussi prêt à assumer le gouvernement de la France. Le changement se concrétisera dès le premier jour et se poursuivra pendant tout le quinquennat, avec une méthode nouvelle : la mise en mouvement de tous les acteurs de la société et la recherche d'un compromis historique entre l'Etat, les forces économiques et le monde du travail.
Quelles seraient les toutes premières mesures?
La priorité, c'est de redonner confiance aux Français en améliorant la vie quotidienne et le pouvoir d'achat. Les premiers décrets concerneront, dès la mi-mai, l'augmentation de 25% de la prime de rentrée scolaire, le blocage des prix des carburants, le rétablissement de la retraite à 60 ans pour les salariés qui ont leurs années de cotisation et la mise en place du système de caution solidaire pour permettre l'accès au logement. Nous doublerons aussi immédiatement le plafond des livrets d'épargne pour financer la construction de logements et relancer l'industrie.
Et dans les mois qui suivent?
D'abord, alléger le poids des dépenses contraintes : nous mettrons en place avant la fin de l'année l'encadrement des loyers et le tarif progressif de l'eau et de l'énergie (gaz et électricité). La TVA Sarkozy sera abrogée. Ensuite, débloquer l'emploi : une loi sera votée pour créer dès la première année 100000 emplois pour les jeunes et instaurer le contrat de génération. Parallèlement, nous engagerons les grandes réformes de structures : la baisse du déficit, la réforme fiscale, la réforme éducative, et nous lancerons le grand débat sur la transition énergétique. Enfin, nous transmettrons à nos partenaires européens un mémorandum fixant les propositions de François Hollande pour renégocier le traité en faveur de la croissance. Notre idée-force : c'est la justice qui sera le moteur du redressement.
Prévoyez-vous d'augmenter le smic au 1er juillet?
Une conférence nationale avec les partenaires sociaux sera convoquée dès la mi-juillet : emploi, formation, encadrement des licenciements boursiers, politique salariale. Ce sera un donnant-donnant : sécurité pour les salariés, compétitivité pour les entreprises. C'est dans ce cadre-là que seront discutées l'augmentation du smic et son indexation sur la croissance.
Nicolas Sarkozy présente demain son programme...
Il a en effet un projet, mais c'est un programme caché, parce qu'il est inavouable. C'est la purge libérale et brutale, comme celles de Cameron en Grande-Bretagne ou Rajoy en Espagne. Privatisation de l'assurance maladie, flexibilité accrue pour les salariés, prise en charge de la dépendance par les assurances privées... Ce n'est pas un hasard s'il a pris pour cible tout ce qui concourt à la solidarité collective : les collectivités locales, l'éducation, la protection sociale, les syndicats. Son adversaire, c'est le pacte social français.
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Propos recueillis par Matthieu Croissandeau et Nathalie Segaunes