Mort d’Oussama Ben Laden

mardi 3 mai 2011 11h20

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Mort d’Oussama Ben Laden

 Jean-Michel Boucheron. Le 2 mai 2011 restera un beau jour pour la liberté des hommes. Aujourd’hui disparaît la première organisation terroriste planétaire de l’histoire.

Comment, en cet instant, ne pas penser aux victimes de New York, de Londres, de Madrid, mais aussi à celles d’Égypte, de Jordanie, de Turquie, d’Indonésie, d’Irak et, il y a quelques jours encore, du Maroc ? N’oublions pas qu’Al-Qaïda était d’abord et surtout l’ennemi des peuples musulmans qu’elle voulait asservir.

Al-Qaïda, c’était aussi la responsable de cette nécessité sécuritaire qui a envahi pendant dix ans nos vies quotidiennes, portant insidieusement atteinte à nos libertés individuelles et collectives.

Le terrorisme va changer de forme. Al-Qaïda est stratégiquement morte. Certes, elle a été épuisée par le harcèlement des services secrets occidentaux, mais surtout et d’abord, c’est la jeunesse arabe, par ses révolutions démocratiques, qui a tué politiquement Ben Laden. L’Amérique a heureusement porté le coup de grâce à cette aventure morbide.

Certains voudront succéder à Ben Laden, d’autres engageront des actions de vengeance et des terrorismes régionaux prendront le relais. Ils devront être traités au cas par cas et pas seulement par des moyens militaires.

Une fois de plus, nous constatons que ce sont les opérations ciblées sur la base du rassemblement de renseignements qui obtiennent des résultats, et non les guerres globales.

Nous sommes allés en Afghanistan par solidarité avec nos alliés ; c’était notre devoir. Nous y sommes allés pour traquer Al-Qaïda et Ben Laden. Notre objectif de guerre, aujourd’hui, s’estompe.

Il faudra donc, monsieur le Premier ministre, discuter avec nos alliés d’une adaptation concertée de notre dispositif en Afghanistan. Donnons cette chance à l’espoir de paix. voir la vidéo

Réponse : Gérard Longuet, ministre de la défense et des anciens combattants.

Cher Jean-Michel Boucheron, j’aimerais que vous ayez raison, tout à fait raison. Pour avoir, comme mes prédécesseurs, séjourné auprès de nos troupes en Afghanistan – trop brièvement sans doute –, pour avoir rencontré les responsables de la coalition, pour avoir échangé avec le président élu Karzai, je suis malheureusement amené à constater que nous sommes dans une situation complexe que la position géographique du pays et celle de ses voisins immédiats a rendue presque inextricable.

Assurément, vous avez raison, la disparition du personnage atrocement emblématique de Ben Laden est une occasion d’affaiblir ceux qui ont fait le choix des armes et du terrorisme. Ce n’est pas, pour autant, la certitude que toutes les formes armées de contestations d’un pouvoir élu puissent prendre fin.

C’est pourquoi nous devons, comme l’a indiqué le ministre d’État, faire preuve de sang-froid, garder le lien direct avec la coalition et mesurer le travail que nous accomplissons sur le terrain. En Surobi et en Kapisa, les troupes françaises font un travail formidable pour construire la sécurité. Nous pouvons espérer assurer, dans au moins une de ces deux régions, la transition, c’est-à-dire la prise en mains de la sécurité par l’État afghan lui-même. Ce sera, pour nos soldats, la meilleure récompense et la preuve que leur travail a été utile.

Cela dit, à l’instant où nous sommes, le sang-froid et le réalisme commandent toujours, même si un symbole de l’hostilité absolue a disparu, même si s’ouvre une chance de dialogue entre Afghans qui reconnaissent définitivement que la voie des armes n’est pas la bonne pour leur pays.

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