Politique européenne
Jean-Marc Ayrault.
Monsieur le Premier ministre, je vous ai écouté attentivement. Vous qui soutenez le candidat du reniement permanent, comment pouvez-vous vous permettre cette leçon ?
Qui est celui qui se présente aujourd’hui devant les Français sinon le candidat du reniement, celui qui avait promis l’amélioration du pouvoir d’achat et qui a fait voter hier à sa majorité une augmentation de la TVA qui pèse sur les classes populaires et les classes moyennes ? C’est le candidat que vous soutenez !
Monsieur le Premier ministre, nous avons écouté votre leçon mais nous ne pouvons pas l’accepter. Car vous avez oublié dans votre récit qu’en 1992, vous, François Fillon, vous avez combattu avec âpreté la création de l’euro, ici même à l’Assemblée nationale. Et c’est vous qui parlez ensuite de cohérence et de courage ?
Qui a défendu l’euro sinon François Mitterrand, sinon Lionel Jospin qui a permis de qualifier la France pour l’entrée dans la zone euro ?
Les socialistes ont toujours été au rendez-vous de l’Europe.
Nous constatons que l’Europe est dans l’impasse et nous n’acceptons pas cette résignation. Aujourd’hui, le courage est de constater que ce sont les marchés qui décident : ils vous ont imposé la crise, ils vous imposent maintenant l’austérité. Le courage, monsieur le Premier, c’est d’arrêter de fléchir le genou devant cette logique. Cette résignation, puisque vous l’avez rappelé, c’est le contraire de la grandeur de la France !
Le 1er mars prochain – et c’est le sens de notre vote d’hier – le Président de la République, Nicolas Sarkozy, va signer un traité. Après la signature, il y aura la ratification. Nous voulons une renégociation en faveur de la croissance et de l’emploi. François Hollande, candidat à la Présidence de la République, demande aux Français un mandat pour renégocier ce traité, pour la croissance, pour l’emploi, pour l’avenir de la France et de l’Europe.
Réponse : François Fillon, Premier ministre. Monsieur Ayrault, en matière de reniement, vous êtes un expert.
À une époque, dans cet hémicycle, vous avez combattu les privatisations avec une violence extrême ; vous avez été les champions de la privatisation entre 1997 et 2002 !
Vous avez combattu avec la plus extrême violence le passage de 37,5 annuités à 40 en matière de cotisations de retraite ; maintenant, vous défendez 41,5 annuités comme si c’était le choix qui avait été le vôtre !
Vous nous parlez en permanence de taxation des revenus les plus riches ; aujourd’hui, la taxation des revenus les plus riches est de dix points plus élevée que lorsque vous étiez vous-mêmes au pouvoir !
M. Christian Eckert. Ce n’est pas vrai !
M. François Fillon, Premier ministre. Qui a baissé l’impôt sur le revenu en 2000 sinon le gouvernement socialiste ? Qui a allégé la fiscalité sur les stock-options sinon le gouvernement socialiste ?
Alors, franchement, en matière de reniement, on n’a vraiment pas à recevoir de leçon de votre part.
Quant à mon vote sur le traité de Maastricht, monsieur Ayrault, il montre qu’il y a une grande différence entre moi et vous :moi, j’ai voté contre et j’ai eu le courage de mes opinions ; vous, vous abstenez. Mais qu’est-ce que cela veut dire aujourd’hui s’abstenir lorsque l’euro est menacé, lorsque la construction européenne est fragilisée ? Ou l’on soutient la construction européenne, ou l’on vote contre, mais on ne s’abstient pas.