Mardi 15 juin 2010
Question : Marisol Touraine, députée de l'Indre-et-Loire
Ma question s’adresse à M. le ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique.
Monsieur le ministre, quand on refuse de répondre aux propositions socialistes sur le fond et que l’on n’a que l’invective à manier, quand on appartient à une majorité dont le Président de la République peut, sans se préoccuper de l’effet que cela produit, s’asseoir sur les engagements pris pendant la campagne présidentielle alors qu’il avait déclaré qu’il ne reviendrait pas sur la retraite à soixante ans parce qu’il n’avait pas reçu mandat pour cela, on est mal placé, appartenant à une telle majorité, pour donner des leçons de démocratie à l’opposition. Monsieur le ministre, lorsque vous accepterez de discuter au fond de nos propositions, cela voudra dire que vous aurez accepté de revenir sur le bouclier fiscal, ce que vous n’acceptez pas pour le moment.
Dès lors, nous ne sommes pas prêts à entendre les leçons que vous prétendez nous donner, pas plus qu’à entendre celles de l’UMP qui, ce week-end, nous a expliqué qu’il fallait faire preuve de courage.Qu’est-ce que le courage pour vous ? Consiste-il à demander à des gens qui ont commencé à travailler à dix-sept, dix-huit ou vingt ans de continuer au-delà de soixante ans ? Le courage, pour vous, est-ce demander à des femmes qui ont subi le temps partiel et qui n’ont pas de carrière complète de travailler jusqu’à soixante-huit, soixante-neuf, soixante-dix ans ?
Monsieur le ministre, nous, nous n’avons pas la même conception du courage.Ce ne sont pas quelques petits prélèvements alibis qui permettront de faire passer votre réforme car elle est injuste et ne prépare pas l’avenir. La seule solution, c’est d’engager une discussion sérieuse sur de véritables prélèvements du capital. Aurez-vous l’audace de dire aux Français que demain leur retraite sera maintenue alors que votre réforme est en train d’en saper les fondements ?
Ou aurez-vous le courage d’opérer véritablement des prélèvements sur le capital ?
Réponse : Éric Woerth, ministre du travail, de la solidarité et de la fonction publique.
Madame Touraine, la démagogie du parti socialiste, ce n’est pas du courage. J’aimerais bien savoir où se trouve le projet socialiste. Où est votre réforme, madame Touraine ? Je me le demande. Vous avez présenté une pseudo-réforme fiscale, pas une réforme des retraites. Lorsque vous dites que vous avez un projet de réforme en ce domaine, vous mentez.Lorsque vous dites que, si vous étiez en situation de le faire, vous reviendriez sur la réforme de 2010 du Gouvernement, vous mentez une seconde fois. Je ne crois pas que ce soit la meilleure façon d’aborder le débat sur les retraites.
Le parti socialiste souffre d’un enfermement idéologique. Vous ne voulez pas convenir que le problème des retraites aujourd’hui, comme dans tous les autres pays du monde, c’est d’abord un problème démographique : lorsque la vie s’allonge, la vie au travail doit, elle aussi, un peu augmenter.
C’est vrai en Italie, en Angleterre, en Allemagne, en Norvège, en Suède, en Belgique, pourquoi cela serait-il faux en France ? Uniquement parce que le parti socialiste le pense, parce qu’il mène un combat d’arrière-garde sur les retraites ?
La réforme que nous proposerons sera solide, sérieuse et juste. Nous prendrons en compte les difficultés de la vie : ceux qui auront commencé à travailler tôt pourront partir plus tôt, de même que ceux qui auront eu des carrières pénibles.
Mais le système des retraites sera protégé et préservé grâce au Gouvernement et à la majorité présidentielle !