La république des conflits d'intérêts
Alain Vidalies
Au delà de l'éthique, la question politique est : ces complaisances des dictateurs aux méthodes brutales qui amassent des fortunes louches sont-elles intéressées ?
Ces invitations, ces cadeaux, ne sont-ils pas destinés à affaiblir la capacité de réaction de la France à défendre les droits universels dont nous sommes porteurs la démocratie et la liberté.
Quand la ministre des affaires étrangères propose l'expertise de la France pour le maintien de l'ordre alors que le sang coule à Tunis, ne faut-il pas constater les dégâts de cette familiarité intéressée.
Votre réponse ignore le fond de la question que se posent aujourd'hui tous les Français. Non, ce n'est pas l'ordre normal des choses de mélanger voyage officiel et vacances privées. Non, ce n'est pas l'ordre normal des choses de se faire offrir un voyage d'agrément par un riche homme d'affaire proche d'un dictateur ou par un gouvernement étranger aux méthodes condamnables.
Pour vous, c'est l'ordre naturel des choses parce que cela aurait toujours existé.
Non, M. le Premier Ministre, les turpitudes d'hier ne peuvent justifier les turpitudes d'aujourd'hui. Les Français n'ont que faire des indignations sélectives des uns ou des autres.
La République irréprochable ne peut pas exister que dans le temps des campagnes électorales.
Alors que les Français vivent de plus en plus durement, vous leur donnez le spectacle d'un pouvoir coupé des réalités quotidiennes, enfermé dans une bulle au point de perdre le sens de ses agissements et même de la morale.
Comprenez que le temps n'est plus aux explications alambiquées, fumeuses, à la fuite des responsabilités.
Le temps est venu d'une loi sur les conflits d'intérêts, d'une autre pratique du pouvoir, de la transparence.
Au moment où à Tunis ou au Caire, des hommes meurent pour accéder à la liberté, à la démocratie, c'est la France des droits universels, de la déclaration des droits de l'homme, qui doit nourrir leur combat, pas la France des petits arrangements, des compromis suspects.
Le temps est venu de redonner confiance aux Français dans leurs représentants et à tous les hommes de retrouver confiance dans la France, patrie des droits de l'homme.
Vous avez tous les pouvoirs. C'est votre responsabilité.
Réponse : François Baroin, porte-parole du Gouvernement.
Monsieur Vidalies, il y a des choses qu’on voudrait ne pas entendre, et il y a des choses qu’on ne saurait entendre.
J’étais prêt à vous accompagner dans l’entreprise qui nous attend : les travaux menés par Mme Grosskost, du groupe UMP, et par M. Balligand visant à permettre à la représentation nationale de définir un périmètre consensuel permettant d’identifier ce qui relève d’un conflit d’intérêts, afin de mieux en prémunir, en effet, ceux qui exercent des responsabilités au service de l’État, dans l’exécutif, dans la magistrature, bref tous ceux qui, à un titre ou à un autre, incarnent la puissance publique.
J’étais prêt à vous accompagner dans la définition commune d’un calendrier, d’une méthode de travail et d’objectifs partagés, afin qu’ensemble nous tournions en effet le dos au passé et que nous nous adaptions à l’évolution de notre société, puisque ce qui était normal, commun et accepté par tous il y a peu de temps encore fait aujourd’hui l’objet d’exigences de transparence plus poussées.
Il s’agit d’élaborer un texte, et c’est la représentation nationale qui en définira les contours. Toutefois, je ne peux laisser sans réponse ce que vous avez dit en commençant. Je ne peux rester sans réagir, vis-à-vis de celles et ceux qui nous regardent, au culot d’acier d’un représentant du parti socialiste qui ose montrer du doigt le Gouvernement, alors que M. Gbagbo est membre de l’Internationale socialiste M. Richard Mallié. Oui !
M. François Baroin, porte-parole du Gouvernement. …comme M. Ben Ali, comme M. Moubarak ! Et vous avez attendu le dernier moment pour dire : « Non, ce ne sont pas nos frères,… »
« …et d’ailleurs, nous ne les connaissons même pas ! » C’est un peu passé à la trappe, mais n’avons-nous pas vu à la télévision un ancien ministre des affaires étrangères, ancien président du Conseil constitutionnel, donner des conseils à M. Gbagbo, qui est, encore aujourd’hui, illégitimement en poste en Côte d’Ivoire, refusant le mandat démocratique librement consenti par les Ivoiriens, par lequel ceux-ci ont placé son successeur légal, M. Ouattara, à la tête du pays ?