Séjour du Premier ministre en Égypte

Jean Mallot. Monsieur le Premier ministre, lors de sa campagne présidentielle de 2007, le candidat Sarkozy avait déclaré vouloir une démocratie irréprochable, un État impartial.
Il ajoutait : « Si l’État veut être respecté, il doit être respectable. Je ne transigerai pas. »
La commission Sauvé, mise en place à l’occasion de l’affaire Woerth-Bettencourt, définit la notion de conflit d’intérêts comme une situation d’interférence entre une mission de service public et l’intérêt privé d’une personne qui concourt à l’exercice de cette mission.
Il avait pourtant fallu de longs mois au Président de la République pour admettre que la situation d’Éric Woerth, à la fois ministre du budget et trésorier de l’UMP, correspondait exactement à cette définition. , M. Woerth a d’ailleurs été écarté de ces deux fonctions.
Entre-temps, deux autres ministres avaient été éliminés, sans doute pour éloigner les regards. Cela n’a pas empêché le Président de la République, là encore récidiviste, de réunir, à nouveau, le mois dernier le Premier cercle des généreux donateurs de l’UMP dans un grand hôtel parisien.
La ministre des affaires étrangères, quant à elle, alors que le mécontentement populaire en Tunisie avait largement entamé le processus qui allait conduire à la chute du régime Ben Ali, n’a rien trouvé de mieux que d’aller passer ses vacances dans ce pays et d’utiliser, par commodité, l’avion privé d’un homme d’affaires proche du pouvoir. Ses explications emberlificotées et contradictoires n’y changent rien. Elle a commis une faute et l’image de la France en pâtit.
Mais voilà que les Français, consternés, découvrent, ce matin, que vous-même, monsieur le Premier ministre, avez passé vos vacances personnelles en Égypte, en grande partie aux frais du régime en place. (« Ne pensez-vous pas que cela commence à faire beaucoup ? Quand allez-vous enfin mettre en cohérence votre comportement et celui de vos ministres avec les proclamations vertueuses du Président de la République ?
Réponse : François Fillon, Premier ministre. Monsieur Mallot,
je comprends que vous vouliez m’interroger sur le séjour que j’ai effectué, à la fin de l’année, en Égypte.
Avant de le faire, je voudrais – pardon d’exprimer un sentiment personnel – remercier tous ceux qui, du côté de la majorité, m’ont apporté un soutien très fort, mais aussi tous ceux qui à gauche, de Robert Badinter à Jean-Pierre Chevènement, en passant par beaucoup d’autres, ont eu des propos mesurés et responsables.
Mon voyage était connu, puisque j’ai eu l’occasion, notamment, d’y rencontrer de manière officielle le Président égyptien, avec lequel, je le rappelle, la France entretient, depuis longtemps de très bonnes relations diplomatiques, pour une raison simple : c’est qu’il s’agit d’un homme qui a joué un rôle clé dans l’établissement du processus de paix au Proche-Orient.
Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si, il y a quelques mois, c’est au Caire, que le Président Obama, dont on vante par ailleurs la perspicacité sur tous ces sujets du Moyen-Orient, a décidé de s’adresser au monde arabe.
Ce n’est pas non plus un hasard si, il y a quelques semaines, c’est aux côtés du président Moubarak et du roi de Jordanie que M. Obama a tenté, malheureusement sans succès, de relancer le processus de paix.
J’ai répondu à une invitation ancienne et réitérée du gouvernement égyptien. Je l’ai fait, comme beaucoup d’autres chefs de gouvernement, …
M. Christian Hutin. En famille !
M. François Fillon, Premier ministre. …en famille, comme vous dites, et comme beaucoup d’autres présidents de la République.Je n’ai pas besoin de m’étendre sur ce sujet.
Dans un souci de transparence, j’ai publié, hier, un communiqué qui donne tous les détails de ce déplacement et je vous y renvoie, car je n’ai pas l’intention de me répéter. En le lisant, vous constaterez que j’ai respecté strictement toutes les règles qui s’attachent aux déplacements privés à l’étranger du Premier ministre, comme du Président de la République, règles qui obéissent à des contraintes de sécurité et à des contraintes diplomatiques.