Situation économique et financière

mardi 25 octobre 2011 16h01

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Question : Jean-Marc Ayrault, Président du groupe socialiste, radical et citoyen et député de Loire Atlantique

Vous avez reçu hier l’ensemble des présidents de groupes entre deux sommets européens qui se tiennent à trois jours d’intervalle. Preuve, s’il en fallait une, de la gravité de la crise que nous traversons.

Nous ne nions pas votre volonté de maîtriser la crise de la dette et de préserver l’euro de la tourmente. Mais nous sommes inquiets des moyens que vous entendez mettre en œuvre pour y parvenir.

Au lieu de lancer de véritables initiatives de croissance au plan national et européen, vous dessinez une spirale infernale qui entraîne les peuples européens de plan d’austérité en plan d’austérité.

Cette logique crée un cercle vicieux : l’austérité casse la croissance. Ce qui conduit à une baisse des recettes fiscales avec pour conséquence l’aggravation des déficits. Vous improvisez alors de nouvelles coupes dans le budget sur une base purement comptable.

Par exemple, vous réduisez de 12% les crédits de l’emploi alors même que le chômage n’a jamais été aussi massif. Cela conduit à une croissance si faible que votre loi de finances est d’ores et déjà caduque.

Nous croyons au contraire, nécessaire d’accompagner les mesures de sauvegarde financière d’une politique de croissance et de création d’emplois, en orientant l’épargne vers les secteurs à haut potentiel. Nous pensons indispensable de faciliter l’accès au crédit pour les PME et les collectivités locales. Nous voulons remettre les banques au service de l’économie plutôt que de laisser leurs dirigeants s’octroyer 44% de hausse de leurs revenus.

Austérité, inégalités, inefficacité résument votre politique. Transparence, justice et croissance voilà ce que nous proposons.

 

Réponse de M. François Fillon, Premier ministre.

Monsieur le président Ayrault, le cercle vicieux qui a conduit à la crise que nous connaissons et qui est à l’origine de la chute de la croissance dans le monde, c’est exactement le contraire de celui que vous venez d’évoquer.

C’est l’endettement excessif des États qui a créé une situation où le monde entier s’interroge pour savoir si l’Union européenne est capable d’apporter une solution à la crise des dettes souveraines. Il n’y a aucune autre raison objective à la baisse de la croissance mondiale. Il n’y a pas problème de demande. Il n’y a pas de contraction des liquidités financières dans le monde

Il y a simplement une inquiétude, une crise de confiance sur la capacité de l’Union européenne à résoudre ces problèmes.

Il est donc inutile d’opposer une politique de soutien à la croissance et la solution des problèmes que rencontrent l’Union européenne et la zone euro. C’est la raison pour laquelle, pour le Gouvernement, pour le Président de la République, la priorité absolue est de réussir le rendez-vous de mercredi.

Nous avons, dimanche dernier, obtenu plusieurs accords.

Le premier sur un nouveau décaissement d’une tranche d’aide à la Grèce, ce qui permet au passage de montrer qu’après beaucoup d’hésitations, l’ensemble des pays européens a désormais intégré l’idée qu’il n’est pas possible de laisser tomber la Grèce, que nous devons faire preuve de solidarité avec ce pays pour sauver la zone euro ainsi que soixante ans de construction européenne.

Nous avons ensuite obtenu un accord sur la recapitalisation des banques, laquelle se fera de manière ordonnée sur l’ensemble des banques européennes qui en ont besoin. S’agissant de la France, cette recapitalisation devrait être de l’ordre d’une dizaine de milliards d’euros, c’est-à-dire inférieure au résultat de ces mêmes banques françaises, ce qui signifie que les banques françaises doivent pouvoir se recapitaliser sans avoir besoin de demander l’aide des finances publiques.

Restent trois points de discussion qui seront à l’ordre du jour de la réunion de mercredi. Le premier, et le plus important, est la question de savoir si nous sommes capables de mettre en place un Fonds européen de solidarité financière suffisamment puissant pour stopper toute tentative de spéculation sur d’autres, contre d’autres pays de la zone euro.

Chacun sait que la France, comme vient de le dire François Baroin, appuyée par un grand nombre de pays a proposé de transformer le FESF en une banque adossée à la BCE. C’est une proposition française.

Je veux d’ailleurs faire remarquer que, depuis le début de cette crise, toutes les propositions originales ont émanées de la France et toutes les initiatives, qui ont été prises, l’ont été par la France.

Je mets les membres de cette assemblée au défi de me citer un seul exemple d’une proposition originale pour faire face à cette crise qui ne soit pas venue du Gouvernement français, du Président de la République et de notre pays.

Maintenant, il est vrai qu’il est compliqué de se mettre d’accord à vingt-sept, à dix-sept. Il faut obtenir des compromis avec nos voisins allemands ; rien d’anormal à cela. Obtenir un compromis avec nos voisins allemands, c’est une condition essentielle du succès. Mais je ne comprends pas cet acharnement d’un certain nombre de commentateurs et de responsables politiques à vouloir en permanence abaisser notre pays en négligeant les initiatives qu’il prend et le rôle qui est le sien dans la lutte contre cette crise.

C’est la France qui, depuis plusieurs années, réclame la mise en place d’un gouvernement économique. L’Allemagne y était opposée, elle a finalement décidé de se ranger à cette solution.

C’est la France qui a proposé que l’on donne un effet de levier au Fonds européen de solidarité financière. C’est encore la France qui a pris l’initiative de hâter plusieurs rendez-vous européens pour faire en sorte que nous soyons capables de résoudre cette crise.

Enfin, un dernier sujet sera au cœur des discussions de mercredi, le niveau de restructuration de la dette grecque. Plus personne, et c’est un progrès qu’il faut mettre à notre actif, n’envisage plus désormais de laisser tomber la Grèce. Nous sommes donc tous d’accord pour dire qu’il faut une restructuration qui ne se traduise pas par ce que l’on appelle pudiquement un événement de crédit. C’est la raison pour laquelle se déroule depuis dimanche soir une négociation entre les créanciers privés de la Grèce, un certain nombre d’institutions et le Gouvernement français pour fixer le niveau de cette restructuration. J’entends sur les bancs de la gauche tous ceux qui m’expliquent qu’on aurait pu faire plus vite c’est très intéressant, la seule chose qu’ils oublient, c’est qu’il faut mettre dix-sept partenaires autour de la table et qu’il ne suffit pas d’une pétition de principe pour y parvenir.

Mesdames et messieurs les députés, si nous parvenons mercredi à un accord, alors le Président de la République pourra enclencher une séquence très importante pour la croissance mondiale avec la réunion du G20. Du fait de la situation internationale, cette réunion sera axée autour de deux grandes priorités ; une coordination des politiques économiques des grandes puissances d’une part, pour faire en sorte que celles qui ont accumulé beaucoup de réserves dépensent un peu plus sur leur marché intérieur, et d’autre part, que celles qui ont accumulé beaucoup de dettes, se désendettent.

Monsieur Ayrault, la solution à la crise économique et financière que nous rencontrons ne peut en aucun cas être un surcroît de dépenses publiques. Cela impose au parti socialiste de réviser complètement son programme.

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