
Jeanny Marc. Monsieur le Premier ministre, après le deuxième train de mesures de votre plan de rigueur, au préjudice social évident, votre Gouvernement a commis une nouvelle faute morale en conduisant au paroxysme de leur échec une décennie de politiques stigmatisantes de redistribution et de répartition.
Aux défis du futur que doit relever la France, vous proposez des politiques publiques insupportables, injustes et rebattues, qui ont désormais stratifié cette République en quatre catégories : celle des très riches, celle des privilégiés fiscaux, celle des classes populaires et celle de l’outre-mer.
Choisit-on d’être chômeur, jeune, malade, retraité, personne en situation de handicap ou originaire de l’outre-mer ? Devrait-on tout simplement se culpabiliser de faire partie de cette catégorie de Français prétendument fraudeuse qui vole les autres Français ?
Monsieur le Premier ministre, pourquoi deux poids, deux mesures avec, d’un côté, les évadés fiscaux, les bandes organisées de la finance qui ont précipité cette crise, qui ont bénéficié des deniers publics et qui, aujourd’hui, peuvent licencier impunément, et, de l’autre côté, d’autres Français qui ne peuvent se loger, trouver un emploi, se soigner, se déplacer librement ou s’instruire, alors que ce sont des droits fondamentaux.
Comment croire en l’avenir de nos sociétés lorsque notre jeunesse est maintenue dans la précarité ? Comment interpréter votre éthique de la responsabilité des causes à l’origine de la violence alors que nous savons tous que la police et la justice manquent cruellement de moyens ?
En outre-mer, comment demander aux ménages des efforts supplémentaires alors que l’indice des prix a déjà dépassé celui de fin 2008, période qui a vu le début des grèves contre la vie chère ? Comment croire que l’outre-mer est encore une priorité pour la France alors que vous avez rendu les armes dans le combat pour notre dignité ?
Comment offrir des perspectives à nos PME alors que les leviers prévus pour leur croissance sont un peu plus supprimés chaque année ?
Monsieur le Premier ministre, l’heure n’est plus aux attentes. L’heure est au bilan.
Réponse : Roselyne Bachelot-Narquin, ministre des solidarités et de la cohésion sociale.
Madame la députée, la lutte contre la pauvreté mobilise tous les efforts du Gouvernement.
Alors que nous traversons une crise sans précédent, le taux de pauvreté monétaire, seul indicateur que reconnaissent les associations de lutte contre la pauvreté, a été stabilisé dans notre pays.
L’effort de redistribution est massif. C’est ainsi que les plus modestes, ceux qui touchent un revenu moyen de 7 200 euros nets par an, voient, grâce à la redistribution, leurs revenus portés à 11 000 euros, soit 50 % de plus.
Tout au long des années que nous venons de traverser, qui ont été marquées par la crise, avec un recul du PIB de 2,7 % l’année dernière, nous avons veillé à ce que les plus démunis soient protégés. Ainsi, l’allocation adulte handicapé a été augmentée de 25 %, tout comme le minimum vieillesse. La création du RSA, revenu de solidarité active, a permis, quant à elle, d’injecter dans le système plus de 1,5 milliard d’euros à destination des plus démunis.
À ce revenu de solidarité active est venu s’ajouter le revenu socle, tandis que ceux des assistés qui acceptent de reprendre un emploi voient leurs revenus majorés de plus de 170 euros.
Par ailleurs, nous avons revalorisé les pensions de réversion et les plus petites pensions, et nous avons mis en place un tarif social du gaz et de l’électricité.
Oui, la lutte contre la pauvreté nous mobilise. Nous en recueillons les fruits, que les derniers textes proposés par le Gouvernement ont voulu protéger car nous ne considérons pas les plus modestes d’entre nous comme la variable de nos politiques.