Sources des journalistes

mardi 14 septembre 2010 17h47

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Mardi 14 septembre 2010
Question : Aurélie Filippetti, députée de la Moselle

Monsieur le ministre de l’intérieur, j’ai sous les yeux une dépêche qui indique : « La procédure invoquée pour obtenir des données téléphoniques afin d’identifier une source du Monde n’est pas valable juridiquement, a fait valoir lundi la Commission nationale de contrôle des interceptions de sécurité. »

Mais ma question s’adresse au Premier ministre. Sans liberté de la presse il n’y a pas de démocratie, et sans protection des sources des journalistes, il n’y a pas de liberté de la presse. Ces principes fondamentaux de la République, vous devriez les rappeler à l’Élysée !

Non, en démocratie, on n’entrave pas la libre investigation des journalistes pour tenter d’étouffer une affaire touchant aux intérêts particuliers d’un de ses ministres – et de l’UMP tout entière.

Déjà, cet été, des attaques indignes envers le site d’information Mediapart montraient que l’Élysée voulait imposer sa version officielle de l’affaire Woerth-Bettencourt et faire taire toutes les autres.

C’est d’autant plus grave que la justice elle aussi est maintenue sous le boisseau et que nous attendons toujours un juge d’instruction.

Cette fois, c’est le contre-espionnage français qui fouille dans les listings téléphoniques pour identifier les sources d’un journaliste du Monde, jusque dans les cercles les plus proches de Mme la ministre d’État.

S’il y a eu trafic d’influence, nos concitoyens ont le droit de le savoir, les journalistes ont le droit de l’écrire, et vous n’avez pas le droit de les en empêcher !

L’ironie de l’histoire, c’est que nous avons débattu il y a moins d’un an d’une loi sur la protection des sources des journalistes, qui dit qu’« il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que [pour] un impératif prépondérant d’intérêt public ». Où est l’intérêt public ici, si ce n’est l’intérêt de l’Élysée à étouffer ce qui prend les allures d’un Watergate à la française ?

Réponse :  Luc Chatel, ministre de l’éducation nationale, porte-parole du Gouvernement.

Madame Filippetti, la manœuvre est un peu grosse.

Vous voudriez faire croire aux Français que le Gouvernement viole la liberté de la presse.
Mais j’ai une question à vous poser : qui a mis en place les états généraux de la presse écrite pour sauver nos journaux , dont le modèle économique est menacé ? C’est le Gouvernement de François Fillon.

Qui a proposé une loi pour renforcer la protection des sources des journalistes que vous n’avez pas votée, madame Filippetti ? C’est cette majorité !

Et, madame la députée, dans l’affaire que vous signalez, je dois vous dire que jamais – je dis bien : jamais – le Gouvernement n’a entravé la liberté de la presse. Jamais le Gouvernement n’a porté atteinte à la protection des sources des journalistes.

Il est normal, il est naturel que les journalistes enquêtent et travaillent avec des informateurs et, encore une fois, c’est notre Gouvernement, notre majorité qui ont voulu l’inscrire dans la loi.

 Mais, de la même manière, et comme Brice Hortefeux l’a rappelé à l’instant, il est absolument inadmissible qu’un haut fonctionnaire, membre d’un cabinet, puisse divulguer des informations confidentielles, violant par là même le secret professionnel et le secret de l’enquête. Vous ne pouvez pas cautionner cela, madame Filippetti.
Alors, la vérité, c’est que personne n’est dupe de cette manœuvre de diversion : en cette rentrée des classes, Mme Aubry, dans une conférence de presse, nous annonçait une rafale de propositions. Eh bien, on a vu la rafale, mais on attend encore les propositions !

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